Maye & Momies

Filiation commune

Galerie At Down - Décembre 2018

Exposition à 4 mains des artistes Maye et Momies.

Du 14 décembre 2018 au 27 janvier 2019
Vernissage le jeudi 13 décembre à 18h en présence des artistes.

Des toiles grands formats seront présentées ainsi qu’une série de dessins et une installation !
Un livre est publié pour l’occasion, avec une version rehaussée à la main.

Filiation commune

 

        Aux premières loges du phénomène qui débarque à Montpellier dans les années 1990, Momies, né en 1976, s’éprend très vite pour la culture graffiti, son adrénaline et les amitiés qu’elle provoque. Sous le nom de Pyre d’abord, il peaufine dès 1993 un style tourné vers la lettre, pourvu qu’il soit exécuté en vitesse et sans autorisation. Avec bien d’autres, il fonde la scène graffiti locale, l’installe durablement dans le paysage, érige ses lieux incontournables. Les voyages, nombreux à travers l’Europe en compagnie de Vania tous deux munis de leur pass Interrail, sont les moments propices où il nourrit ses influences, échange et rencontre avec d’autres passionnés, et se fait remarquer pour ses tracés de plus en plus libres, impulsifs, abondamment superposés, habilement amassés.

De ses lettrages déjà bien sophistiqués au départ, Momies étire peu à peu, affine et épure, jusqu’à brouiller les pistes puis se radicaliser dans une voie clairement abstraite. En les appelant « modules », il fait fleurir ce travail consciencieux aussi bien sur des surfaces extérieures de plus en plus grandes, au gré des projets estampillés POW, et entreprend une, puis plusieurs séries sur toiles, au calme de l’atelier. Pas étonnant qu’il se sente à l’aise partout où il passe, désormais régulièrement invité à intervenir sur des projets d’envergure dans le monde entier. Sans jamais trahir son goût immodéré pour la lettre, un premier amour qu’il revisite encore aujourd’hui dans un esprit ludique et inspiré des bandes-dessinés des années 1960, Momies porte haut et fort les codes d’un graffiti léché, techniquement irréprochable et foncièrement malléable.

Maye lui, prend le graffiti de cette première génération en pleine face, grandit avec la culture hip-hop et ses ramifications. Né en 1990 sous le soleil de Sète, le dessin s’impose naturellement à lui comme le moyen d’expression et de divagation idéal. Sans formation particulièrement tournée vers l’art, armé de son imagination débordante et stimulé par son entourage, il trouve rapidement son style, d’une délicatesse telle qu’elle tranche avec ce qu’on a l’habitude de voir sur les murs à cette époque, toute fin des années 2000. Le trait allègre, Maye peint des compositions magistrales, savant mélange d’onirisme, de souvenirs de voyages, de rencontres et d’inspirations éclectiques. Il donne vie à des personnages longilignes, nouveaux b-boys aux postures alambiquées, parfois même tracés insolemment comme des lettres, et traversés d’époustouflants détails. C’est ici que la magie opère : Maye réveille ainsi toute notre attention, élève notre faculté à façonner notre propre récit, à lire une peinture comme on ouvrirait un livre. Qu’il soit appelé à peindre en extérieur sur les murs du monde entier, ou qu’il se consacre à des supports plus pérennes chez lui, à Montpellier, Maye recherche encore et toujours à provoquer l’interaction avec le regardeur, l’environnement, le partenaire.

L’idée d’harmonie est justement au cœur de Filiation Commune, l’exposition qui réunit ces deux personnalités artistiques. Unis par les liens familiaux en tant que cousins, enracinés dans la même culture graffiti, façonnés par la chaleur du Sud, Maye et Momies ont beau avoir une génération de différence, ils se comprennent mutuellement, jusqu’à partager avec élégance une même vision de la peinture : l’interaction certes, la sublimation du lieu bien sûr, mais le plaisir avant tout. Déjà invités à l’occasion de festivals (Grenoble, Toulouse, Nouméa), le duo construit depuis une esthétique commune tout en conservant chacun leur propre style. Lorsque les fougues abstraites de l’un fusionnent avec les silhouettes élancées de l’autre, quand le fond se confond avec le premier plan, que le troublant réalisme des scènes et détails épouse un univers défiant les lois de la gravité, la filiation prend forme sous nos yeux, brûlante d’équilibre. Avec eux, pas de hiérarchie, de début ou de fin, d’envers ou d’endroit. Il s’agit simplement d’évidence et de sincérité. Filiation Commune s’adresse ainsi à tous, nous auréolant de bienveillance, dans le simple et pur esprit propre à la culture graffiti.

Sabella Augusto